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17 novembre 2008
Un député tue [sa femme] ex-compagne et se suicide.
Les politiques sont des êtres humains comme les autres. Forts et vulnérables comme les autres. Bons, brillants, dévoués, responsables, et pour une minorité, comme dans la population, hautains, dépressifs, fraudeurs, assassins, comme les autres hommes. Des êtes humains capables du pire comme du meilleur. Avec en plus, un environnement dans lequel tout est exacerbé : haines, passions, adrénaline, rapports de force, combats, luttes, fraternité, espérance, conquête du pouvoir.
Un député a assassiné [edit] 18/11 :sa compagne (femme) et s'est ensuite donné la mort. Je pense à leur[s] famille[s]. A leurs souffrances du passé et à leurs souffrances actuelles. [A leurs enfants]. Aux enfants de cette femme. Au fils du meurtrier.
Sans faire un lien direct, je voudrais parler avec vous de la spirale infernale de l'engagement en politique et de l'engagement publique. Savez-vous ce que nos institutions et nos partis imposent à ceux qui ont signé ?
Savons-nous par nos votes ce que nous imposons à des femmes et à des hommes que nous n'accepterions jamais pour nous même. Comprenons-nous bien pour quelles logiques nous votons ?
Vous me direz, ils l'ont choisi, ils l'ont cherché. Oui. Mais savez-vous ce que l'engagement politique implique comme sacrifice de vie familiale, de vie professionelle et amicale ? Pour être investi, que de temps passé en réunions, de grenouillage, des soirs et des week-end à s'écouter parler, s'entredéchirer, toutes les élections internes, à tracter pendant des années, le nombre de déceptions, de coups de poignards dans le dos, des amours d'un jour et des trahisons de toujours, de quoi rendre névrosée à vie la personne la plus équilibrée qui soit au départ. Je passe rapidement sur les concessions, les compromis, les "dossiers", les réseaux de l'ombre, les passages de la ligne jaune en terme de légalité... qui préparent de mauvais responsables politiques, abimés, aigris, parano, filous... Avant même d'exercer leur devoir vis à vis de leurs électeurs, ils ont appris à ne plus aimer, à ne plus respecter. A penser à eux et à leur survie, plutôt qu'aux autres. Ils ont confondu (pas tous, évidemment, mais une partie) servir la société et se servir, exister eux-mêmes, maintenir leur raison d'être sociale (maintenant qu'ils sont connus dans la région), et puis les ors de la république forcément, ... c'est valorisant.
Le responsable de cette spirale infernale : la professionnalisation de la politique française, sa longévité pathétique, ses enjeux personnels de vies qui dépassent complètement le sens de l'intérêt général, le cumul des mandats, qui font qu'on gagne un siège pour en maintenir un autre. Qu'au lieu de former ses successeurs et faire vivre par delà son destin personnel sa vision politique, ses valeurs, on se protège de tout ce qui pourrait ressembler à une concurrence. Le fameux nivellement par le bas. Les meilleurs de la société civile sont déjà partis au bout de 3 réunions dans les partis, ils n'ont pas la patience, et je les comprends.
Les places sont trop chères aujourd'hui en politique car elles sont trop rares. Il faut "tuer" et évincer les autres pour y arriver. Une fois qu'on y est, au bout de dizaines d'années et qu'on a tout sacrifié, on se dit qu'on a bien mérité de rester, un peu, beaucoup... 30 ans, 40 ans. Tout a été organisé et pensé en fonction du calendrier électoral, des célébrations, les matchs de foot pour être vu de ses électeurs, pour maintenir son statut et gagner la prochaine étape, on fuit sa vie, on fuit sa famille, on fuit ses amis.
Nos parlementaires et nos représentants sont élus 20 ans de suite, ils n'ont plus que cela dans la vie. Le jour où ils perdent, c'est toute leur vie qui s'effondre. Le nombre de fois où j'ai entendu "mais qu'est-ce que je vais faire après, c'est toute ma vie, je ne sais rien faire d'autre".
Je ne crois pas que ce soient les femmes et les hommes engagés qui sont mauvais, pas plus que ne l'est la nature humaine, je crois que c'est le système qui les brise, qui les change. Et le système, c'est les femmes et les hommes qui le construisent, ce sont les électeurs qui le font perdurer.
Voilà, je suis furieuse parce qu'il y a une double conséquence terrible à cette longévité politique et à ce satané cumul des mandats, et on le SAIT et ON NE FAIT RIEN : l'incapacité pour des citoyens volontaires de s'engager au service de la société, des générations nouvelles portant des idées nouvelles capables de sortir la France de sa léthargie, et de redonner du sens à la DEMOCRATIE REPRESENTATIVE. A la place de cela, notre représentation actuelle nous fait nous détourner de l'action politique et provoque un sentiment de révolte, prouvé mille fois vis à vis d'une classe politique corporatiste et qui ne représente plus qu'elle même (CPE...), plus occupée à voter son système de retraite et des budgets de fonctionnement chaque année plus conséquents (alors que notre pays traverse une crise monumentale qui appellerait à l'exemplarité en premier lieu des responsables publiques) qu'à décider ensemble des solutions pour faire face à ces même montagnes.
La deuxième conséquence est le naufrage personnel d'élus incapables de sortir de la spirale infernale induite par nos institutions et les pratiques de nos partis. Nous sommes gouvernés par des personnes qui sont fragilisées psychologiquement par ce qu'elles ont à subir et à vivre. Cela les atteint irrémédiablement dans leurs consciences et leur comportement pour atteindre leur objectif, qui n'est, jamais au grand jamais, celui de départ.
Réfléchissez, réfléchissons à ce que nous voulons vraiment pour nous, pour nos vies, nos équilibres, pour nos représentants. Dans notre politique française, il y a trop d'enjeux vitaux. Ils deviennent strictement personnels. Quel orgueil, quel égocentrisme de penser qu'on est le seul à pouvoir agir, changer la donne pour son pays. Quel faux semblant, quelle mauvaise excuse pour empêcher d'autres d'accéder aux responsabilités... Quel gâchis humain. Que de forces nous nous privons. Que d'êtres malheureux nous créons.
Je les plains d'être prisonniers de leur système, ils seraient adulés encore, mais les Français se méfient d'eux, en majorité leur en veulent, ils n'ont plus confiance dans leur capacité à répondre aux enjeux. Tout ça pour ça. Finir sa carrière sur un échec, parce que vous n'avez pas réussi à décrocher.
L'engagement politique c'est toute la vie, je parle de l'engagement citoyen. Les responsabilités politiques, c'est un temps que l'on donne volontairement à la société, un temps qui doit être court pour être sain, incorruptible, tourné vers l'action et non le clientélisme.
Et même pendant ce temps court, il faut garder les pieds sur terre. Garder l'équilibre, coûte que coûte. C'est dur, parce que c'est lutter contre soi même. Je le sais, parce que je l'ai vécu. Dans une moindre mesure, mais cette spirale là vous mange. Il faut lui faire face et la refuser.
Notre pays crève de son manque de diversité en politique, de turn over, de nouvelles idées, de nouvelles pratiques. Il est tenu aujourd'hui par des corporatismes, des clans qui se tiennent par la barbichette des dossiers accumulés les uns contre les autres.
Je veux pour la société française le non cumul de mandats strict dans le temps et au MAXIMUM un mandat renouvelable une fois au même poste de responsabilité. Manifestement, et définitivement, c'est de la VIème république dont nous avons besoin.
Il faut arrêter le massacre. Pour eux, comme pour nous.
19:39 | Lien permanent | Commentaires (44)
Invitation d'Aujourd'hui Autrement : "Peut-on changer la politique pour demain"
Prochain café citoyen d'Aujourd'hui, Autrement
"Peut-on changer la politique pour demain ?"
Invités :
- Jonathan Denis, président du parti politique Aujourd’hui, Autrement
- Quitterie Delmas, déléguée nationale du Mouvement Démocrate
- Christian Honoré, responsable du Parti Radical Valoisien (Paris 18ème)
Le mercredi 19 novembre de 19h30 à 21h
Au café L’Imprévu, 35 rue Didot / Place Flora Tristan, Paris 14ème (Métro Pernety)
Je vous invite à venir nous rejoindre, dans cette époque trouble, il faut échanger. Je compte sur vous !
18:30 | Lien permanent | Commentaires (8)
Là.
Je suis là. J'écoute, je lis, je vous lis ;-), j'observe la tectonique des plaques politiques. La politique française est victime de son jeu d'institutions et de l'archaïsme de ses partis ; ses acteurs, aveuglés, obnubilés et paralysés par les présidentielles.
J'ai de la peine pour mes amis adhérents socialistes, ils n'ont pas mérité cela. Aucun engagement au service de son pays ne devrait être traité de la sorte par les appareils. Ces appareils ne sont pas dignes de ce que des citoyens leur offrent comme temps, comme idées, comme énergie.
Je mets en garde celles et ceux qui se réjouiraient de la crise au PS : elle est symptomatique d'une crise beaucoup plus grave, nos commentateurs refusent de le voir : une crise de société, une crise politique et une crise de représentation. Qui que nous soyons, quelque soit la sensibilité à laquelle nous nous référons, posons nous les bonnes questions. Ou nous échouerons sur le long chemin de l'apprentissage de la démocratie.
Attention à ces repères qui tombent un à un, le lien de confiance entre les français et leurs représentants qui se fracture chaque jour un peu plus. Face à l'incapacité des politiques à incarner et à proposer des alternatives, il y a deux chemins : le dégoût/désintérêt/absention, ou la radicalisation. Je veux croire que, du fond de nos consciences, nous ferons tout ce qui est possible de faire pour éviter ces conséquences de nos inconséquences.
01:11 | Lien permanent | Commentaires (21)













